Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /Déc /2008 06:43
« Une naissance est un merveilleux événement...En règle générale. La mienne pourrait bien mener ce monde à sa perte »

Qu'est ce que je peux détester ces trajets du matin dans ce foutu métro. Tout le monde est compressé comme du bétail, et si vous avez le malheur d'avoir trouvé une place assise on vous regarde de travers. « Désolé ma petite dame ! J'aimerais vous céder ma place mais je ne peux malheureusement pas sortir. Je ne sais même pas si je pourrais sortir à mon arrêt. » Pensais-je.


Pourtant ce n'était pas l'envie qui me manquait de lui donner cette fichue place. Pensez donc. A ma gauche une vieille sentant la naphtaline avec un yorkshire dans ses bras. Pendant que sa maîtresse raconte ses dernières révélations nécrologiques et râle sur les jeunes, avec l'amie en face d'elle, cette sale bête me bave sur le bras.


En parlant de jeunes, j'en avais quelques beaux spécimens en face de moi. Mais je ne vais pas me mettre à faire mon petit vieux à seulement 30 ans.


Mon regard perdu s'arrêta un moment sur cette petite fille perdue au milieu de tout le monde. Personne n'y faisait attention, on la bousculait en voulant sortir de cette rame, aucun ne s'excusait. Cependant elle restait imperturbable, serrant inlassablement deux peluches dans ses bras.


Quel âge avait elle ? 8 ans peut-être. Des yeux d'un bleu à vous hypnotiser en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et de long cheveux noir superbement ondulés. Que fixait-elle de la sorte ? Elle a l'air triste. On dirait qu'elle parle, mais je ne vois personne l'écoutant. Peut-être parle-t-elle à ses peluches ? Je n'entends pas ce qu'elle dit, et j'ai toujours été mauvais à la lecture sur lèvres. Et puis après tout, cela ne me regarde pas.


Je suis bientôt arrivé, j'essaye de me frayer un passage, en bousculant quelques navetteurs d'un coup d'épaule maladroit. Je passe à coté de cet enfant, je l'entends murmurer sans cesse. J'eus même l'impression que quelqu'un lui répondait. Mais je ne vois pas comment un personnage de tissu pourrait parler et tenir une conversation cohérente.


L'arrêt approche je le vois, un voyageur bouscule la petite et la fait tomber. Je m'empresse de l'aider à se relever et vérifier si elle ne s'est pas cognée.


« Ça va ? Tu n'as rien ? » Lui dis-je, « Vous pourriez faire attention ! » Criais-je à l'inconnu.


« Je vais bien, ne vous approchez pas je vous en prie, pour votre bien » me dit-elle


Je ne compris pas le sens de cette phrase, et je posais une main dans son dos pour l'aider à se relever.


Et là elle me dit : « Votre geste va vous tous vous mener à votre perte, votre empathie n'est pas la bienvenue en ce jour ».


Une douleur intense me transperça le corps, un flash éblouissant s'en suivit. Et c'est à ce moment là que je me suis retrouvé seul dans ce métro.


Qui était-elle ? Pourquoi ces souvenirs me reviennent-ils maintenant ? Et si cette petite fille avait la réponse à tout ce bordel ?


« Mais bon sang où partez vous comme ça ? » s'interrogea Océane, avec une pointe d'agacement dans la voix. « Sérieusement, vous ne les entendez pas ?!


Comment ne pas entendre une chose aussi horrible. Ces cris me glaçaient littéralement le sang. Une sorte de mélange entre les hurlements d'un loup et le rire d'une hyène.


« Se sont les Lestats ? C'est ça ? »


Elle me regarda surprise.


« Vous parlez ?

- Il faut croire que mon mutisme vient de prendre fin.
- Sans doute l'injection. Tant mieux, ça facilitera nos communications.
- Au fait moi c'est Dany.
- J'aimerais être enchantée, et me complaire dans d'interminables présentations, mais ce n'est sûrement pas aujourd'hui que je me ferai bouffer par ces saloperies ! Donc maintenant, on se remet en mode muet, et on me suit. Vous êtes pire qu'une gonzesse vous ! »


On s'approchait de la camionnette. Je prenais la place du mort, quelle ironie. A peine assis, un choc fit bouger le véhicule.


« Tu te tais, tu fais le mort et tu fermes les yeux » me murmura-t-elle.


Je m'exécutais et compris que ce choc devait être l'œuvre d'un Lestat. Les grognements étaient tellement proches que mes oreilles en souffraient. La vitre explosa, se fut difficile de rester stoïque face à cette situation. Un éclat de pare-brise s'enfonçait dans mon bras. La douleur grimpait, mais je savais que c'était là, je sentais un souffle et une odeur qui ne m'était pas inconnu. Ne pas bouger. Étrangement, c'est dans ces moments là que l'on devient subitement croyant.


Par Siryakko - Publié dans : Subway to hell Saison 1
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